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21/07/2010

συγγραφέας: Bruno Astarian
έτος: 2010
πηγή: Mondialisme.org
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ανέβηκε από: woland
ενότητες: Εργασία, Ιστορία, Κίνημα
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La communisation comme sortie de crise

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La communisation comme sortie de crise

publié le mercredi 3 février 2010

 

Ce texte, paru dans Echanges n° 131, est une contri­bu­tion à un débat concer­nant la crise et ses issues pos­si­bles.

La note qui suit est déli­bérément très résumée. Elle ne dével­oppe pas la cri­ti­que du pro­gram­ma­tisme – déjà faite abon­dam­ment – et ne fait qu’évoquer les aspects récents du mou­ve­ment social qui confor­tent la thèse com­mu­ni­sa­trice.

1. Immédiateté du communisme

1.1. Définition et ori­gine

Ne pas confon­dre imméd­iateté et ins­tan­tanéité. Par imméd­iateté du com­mu­nisme, on pose que la révo­lution prolé­tari­enne n’a plus pour objec­tif de créer une société de tran­si­tion, mais le com­mu­nisme direc­te­ment. Du coup : plus de pro­blème de prise du pou­voir poli­ti­que, d’alliance avec d’autres cou­ches socia­les, ni d’effec­tua­tion de la tran­si­tion sur le ter­rain (dépér­is­sement de l’Etat, etc.).

La notion d’imméd­iateté du com­mu­nisme ne sort pas de rien. Elle est appa­rue avec la crise des années 1960-1970 sur la base de l’inca­pa­cité poli­ti­que de la gauche et des gau­chis­tes à com­pren­dre l’anti-tra­vail. Aujourd’hui, toute les ten­ta­ti­ves pro­gram­ma­ti­ques sont déris­oires. Quant à l’anti-tra­vail, il revient avec plus de force que dans les années 1970 (Chine, Bangladesh et même pays indus­tria­lisés)

1.2. La com­mu­ni­sa­tion comme pro­ces­sus

La com­mu­ni­sa­tion, cela ne signi­fie donc pas que le com­mu­nisme s’ins­taure d’un coup de baguette magi­que. Il y aura lutte, avancées et reculs de la révo­lution. Mais cela signi­fie que les actions qu’entre­pren­dront les révo­luti­onn­aires abo­li­ront le tra­vail et la valeur, et tout le reste (famille, patrie…) ici et main­te­nant. Quand la révo­lution atta­quera la pro­priété capi­ta­liste, elle ne don­nera pas au prolé­tariat une pro­priété qui lui éch­appait jusqu’ici, mais elle abo­lira toute forme de pro­priété, tout de suite. Il est impos­si­ble de déc­rire cela dans le détail. Il faut cepen­dant essayer de pré­ciser, pour avoir une meilleure idée de là où on va et pour savoir, le moment venu, dis­tin­guer révo­lution et contre-révo­lution.

2. Activité de crise et communisation

Quand la crise éclate, le prolé­tariat se soulève parce que le non-achat de la force de tra­vail l’exclut du rap­port social et de tout rap­port à la nature. Ce fai­sant, il dével­oppe une acti­vité de crise qui est la matrice de tous les pos­si­bles. La pos­si­bi­lité du com­mu­nisme ne se trouve que dans l’acti­vité de crise du prolé­tariat. La théorie n’a pas tou­jours défini le com­mu­nisme de la même façon, mais toutes les défi­nitions et stratégies ont tou­jours reposé sur ce que fait le prolé­tariat dans son acti­vité de crise. On ne peut parler d’acti­vité de crise que dans le cas d’un soulè­vement géné­ralisé du prolé­tariat, et non dans le cas d’un conflit isolé d’une ou quel­ques entre­pri­ses, aussi « exem­plaire » soit-il.

L’acti­vité de crise repose sur deux éléments essen­tiels : indi­vi­dua­li­sa­tion/dém­as­si­fi­cation du prolé­tariat, et prise de pos­ses­sion d’éléments de la pro­priété capi­ta­liste pour les néc­essités de la lutte – pas pour repren­dre le tra­vail sans les capi­ta­lis­tes. Si la crise qui s’ouvre en ce moment s’appro­fon­dit au point de pro­vo­quer une insur­rec­tion prolé­tari­enne majeure, on retrou­vera ces deux éléments, avec les caractér­is­tiques his­to­ri­ques de notre époque. La dém­as­si­fi­cation du prolé­tariat sera d’autant plus nette qu’elle a déjà été entamée par le capi­tal post-for­diste. Vouloir un retour aux beaux jours de l’ouvrier masse est un rêve contre-révo­luti­onn­aire. Quant à la pro­priété capi­ta­liste, deux traits la caracté­risent :
d’une part, rien ne lui éch­appe. Le capi­tal s’est tel­le­ment emparé de toute la vie que, quoi qu’on fasse, on est tou­jours chez lui. Quand la crise éclate, le prolé­tariat ne peut rien faire sans empiéter sur la pro­priété capi­ta­liste. Même une simple mani­fes­ta­tion l’oblige à occu­per le bitume muni­ci­pal. Aujourd’hui, on lui permet de le faire. Demain ce sera illégal. Toute action du prolé­tariat dans son acti­vité de crise l’oblige à affron­ter le capi­tal pour pren­dre pos­ses­sion d’une partie de la pro­priété et donner ainsi une objec­ti­vité à son exis­tence qui n’est sinon que celle d’un pur sujet (1). Et, dans la crise actuelle, le mono­pole de la pro­priété capi­ta­liste est si total que, moins que jamais le prolé­tariat n’a de pos­si­bi­lité de repli. Il est le dos au mur. Par exem­ple, le capi­tal a sup­primé toute pos­si­bi­lité de repli à la cam­pa­gne ;
d’autre part, les biens de la pro­priété capi­ta­liste sont for­te­ment mar­qués, dans leur valeur d’usage, par les néc­essités de la valo­ri­sa­tion. Pour cette raison, l’acti­vité de crise sera amenée à beau­coup détr­uire et déto­urner. Il n’est pas exclu que le prolé­tariat s’empare d’une chaîne de mon­tage, mais il est exclu qu’il fabri­que des voi­tu­res.

2.1. « Production » sans pro­duc­ti­vité et abo­li­tion de la valeur

C’est à partir de l’acti­vité de crise, et pour en sortir, que s’enclen­che la com­mu­ni­sa­tion. La com­mu­ni­sa­tion ne répond pas à un idéal ou à un mot d’ordre poli­ti­que. Elle est la solu­tion des dif­fi­cultés de repro­duc­tion que le prolé­tariat ren­contre dans son acti­vité de crise. Celle-ci est une lutte contre le capi­tal pour assu­rer la survie, pas plus. Lorsque les alter­na­ti­ves prolé­tari­ennes contre-révo­luti­onn­aires ont fait la preuve de leur inef­fi­ca­cité à sauver éco­no­miq­uement le prolé­tariat, la com­mu­ni­sa­tion fait le saut dans la non-éco­nomie. Le para­doxe est que, alors que, au plus pro­fond de la crise, les besoins du prolé­tariat sont immen­ses, la solu­tion consiste à tour­ner le dos au pro­duc­ti­visme. La « pro­duc­tion » sans pro­duc­ti­vité n’est pas une fonc­tion de pro­duc­tion. C’est une forme de socia­li­sa­tion des hommes dans le com­mu­nisme où la pro­duc­tion inter­vient, mais sans mesure du temps ni de rien d’autre (intrants, nom­bres d’hommes impli­qués, rés­ultat pro­duc­tif). Selon la bonne for­mule de Théorie com­mu­niste : « radi­cale non-comp­ta­bi­li­sa­tion de quoi que ce soit ».

Essayons de voir les choses en deux temps :
durant la phase de des­cente aux enfers de la crise, la repro­duc­tion du prolé­tariat est prin­ci­pa­le­ment assurée par la prise sur le tas. Même dans une éco­nomie qui fonc­tionne en flux tendus, il y a des stocks. L’acti­vité de crise consis­tera (entre autres) à s’en empa­rer. Déjà à ce stade, on peut ima­gi­ner une diver­gence entre une voie contre-révo­luti­onn­aire qui vise à comp­ta­bi­li­ser, à regrou­per les biens, à coor­don­ner leur dis­tri­bu­tion, à faire res­pec­ter des critères de droits et de devoirs, etc., et une voie com­mu­ni­sa­trice, qui récuse cette éco­nomie du pillage et la for­ma­tion d’ins­tan­ces supéri­eures de la dis­tri­bu­tion, même élues démoc­ra­tiq­uement etc. Cette deuxième voie insis­tera sur le fait que l’appro­fon­dis­se­ment local, la gra­tuité abso­lue, valent mieux qu’une sta­bi­li­sa­tion natio­nale ;
dans une deuxième phase, celle de la sortie de crise pro­pre­ment dite, la pro­duc­tion repren­dra.

Le pro­blème est alors de savoir com­ment la pro­duc­tion peut repar­tir sans tra­vail, ni pro­duc­ti­vité, ni éch­anges. Le prin­cipe de la « pro­duc­tion » sans pro­duc­ti­vité est que l’acti­vité des hommes et leurs rap­ports sont pre­miers par rap­port au rés­ultat pro­duc­tif. La pro­duc­tion reprend sur cette base parce qu’il n’y en a plus d’autres. Développer la pro­duc­tion sans pro­duc­ti­vité, c’est abolir la valeur dans ses deux formes :
valeur d’éch­ange : si rien n’est comp­ta­bi­lisé, si la jus­ti­fi­ca­tion de l’acti­vité n’est autre qu’elle-même, le pro­duit rés­ultant de l’acti­vité n’a aucun contenu abs­trait ;
valeur d’usage : la valeur d’usage se dis­tin­gue de l’uti­lité simple par le fait qu’elle a, elle aussi, un contenu d’abs­trac­tion. L’uti­lité de la mar­chan­dise doit être géné­rale, ou moyenne, pour satis­faire un uti­li­sa­teur inconnu dont on ne sait pas le besoin par­ti­cu­lier (prêt-à-porter/sur mesure). La pro­duc­tion sans pro­duc­ti­vité est une acti­vité par­ti­cu­lière d’indi­vi­dus par­ti­cu­liers, satis­fai­sant des besoins exprimés per­son­nel­le­ment. L’usage des objets fabri­qués porte la marque de cette par­ti­cu­la­rité. C’est l’anti-nor­ma­li­sa­tion. Le caractère néc­ess­ai­rement local de la com­mu­ni­sa­tion y contri­bue.

Dans la révo­lution com­mu­niste, l’acte de pro­duc­tion ne sera jamais pro­duc­tif seu­le­ment. L’objec­tif des indi­vi­dus ayant décidé de mettre en place une bou­lan­ge­rie ne sera pas de réa­liser un nombre dét­erminé de pains, mais de se socia­li­ser, de culti­ver leurs affi­nités en pro­dui­sant du pain (2).

De plus, ces prolét­aires ne pro­dui­ront pas du pain comme caté­gorie géné­rale, mais un pain par­ti­cu­lier qui les sol­li­cite ce jour-là. Enfin, l’appro­vi­sion­ne­ment de nos bou­lan­gers en farine risque d’être aléat­oire, au moins dans un pre­mier temps, si les prolét­aires qui sont au moulin sui­vent les mêmes prin­ci­pes. Certains jours, il n’y aura pas de farine parce que ceux qui étaient au moulin ont préféré dis­cu­ter de l’amour et du sens de la vie. C’est la chien­lit ? Disons sim­ple­ment que ce jour-là il n’y aura pas de pain. Il faut l’assu­mer. L’autre terme de l’alter­na­tive est que quelqu’un fixe un plan, avec des quan­tités et des délais, et que les autres bos­sent. Non seu­le­ment la valeur est alors rétablie, mais en plus cette expéri­ence prolé­tari­enne n’a pas d’avenir : ou bien elle marche et les prolét­aires n’auront très vite plus aucun droit (res­tau­ra­tion du sala­riat sous une forme ou une autre), ou bien elle ne marche pas et ils se retrou­vent à la case pré­céd­ente de chômage et de salai­res impayés. Il est d’ailleurs pro­ba­ble qu’une solu­tion com­mu­ni­sa­trice n’inter­vienne qu’après un ou plu­sieurs échecs de ce genre.

De façon géné­rale, on retien­dra que la com­mu­ni­sa­tion rem­place la cir­cu­la­tion des biens entre les « pro­duc­teurs asso­ciés » par la cir­cu­la­tion des indi­vi­dus d’une acti­vité à l’autre. Cela impli­que notam­ment que : u les « lieux de pro­duc­tion » n’auront pas de per­son­nel per­ma­nent, pro­dui­ront ou ne pro­dui­ront pas, selon la moti­va­tion et le nombre des présents, car les « lieux de pro­duc­tion » seront avant tout des lieux de ren­contre et de vie ;
au moins dans un pre­mier temps, la com­mu­ni­sa­tion se fera loca­le­ment, non pas comme com­mu­nautés autar­ci­ques, mais comme ini­tia­ti­ves entiè­rement contrôlées par les par­ti­ci­pants. La com­mu­ni­sa­tion se fera comme une nébul­euse d’ini­tia­ti­ves loca­les. Ce n’est, me semble-t-il, qu’à cette éch­elle locale que la com­mu­ni­sa­tion peut faire la preuve qu’elle amél­iore tout de suite la vie des prolét­aires. Or cet aspect est fon­da­men­tal : les prolét­aires font la révo­lution pour vivre mieux, pas par idéal. A vou­loir trop entrer dans le détail, on fini­rait par tracer le schéma d’une non-éco­nomie tout aussi contrai­gnante que la société de tran­si­tion. En même temps, com­ment ne pas en donner (et mon­trer la pau­vreté de notre ima­gi­na­tion) pour rendre pal­pa­ble le fait que toutes les solu­tions apportées par la révo­lution com­mu­niste ont pour prin­cipe de mettre en avant l’acti­vité et non pas son rés­ultat. Pour dire que le prin­ci­pal « rés­ultat » visé par l’acti­vité, c’est elle-même. Les indi­vi­dus cir­cu­le­ront entre les acti­vités en fonc­tion de leurs affi­nités, et chaque étape de cette cir­cu­la­tion sera un moment de repro­duc­tion. Des pro­duits cir­cu­le­ront avec ces indi­vi­dus, mais sans éch­ange. Ceux qui ont fait des sau­cis­ses les feront partir vers une can­tine locale sans se sou­cier d’obte­nir quel­que chose en retour, puis­que ces sau­cis­ses ne leur ont rien coûté, pas même du tra­vail.

2.2. « Consommation » sans néc­essité

Le règne de la néc­essité n’est pas celui où les forces pro­duc­ti­ves sont insuf­fi­san­tes pour assu­rer une abon­dance dont on ne sait pas exac­te­ment où elle com­mence. Le règne de la néc­essité est celui où l’exis­tence de la pro­priété est une menace conti­nuelle de désoc­ia­li­sation et de mort pour ceux qui ne sont pas pro­priét­aires. Voilà pour­quoi, aujourd’hui, la gra­tuité ou les bas prix pro­vo­quent des réactions de sto­ckage et de sur­consom­ma­tion. Dans le com­mu­nisme, cette peur du manque dis­pa­raît en même temps que la pro­priété. Chacun est sûr de pou­voir manger, gra­tui­te­ment, ce que d’autres auront apporté et que d’autres auront préparé. Dans ces condi­tions, pour­quoi irais-je sur­consom­mer, sto­cker des ali­ments dans mon réfri­gérateur sous le prét­exte qu’ils sont gra­tuits ? Tout est gra­tuit et le res­tera. Parce que tout est pro­duit par des gens pour qui, en quel­que sorte, les sau­cis­ses ne sont qu’un sous-pro­duit de quel­ques jours de dis­cus­sion sur le sens de la vie.

La gra­tuité est une notion dif­fi­cile à manier. Je pense que, pour parler du com­mu­nisme, il vaut mieux l’enten­dre comme dans « geste gra­tuit » que comme dans « pro­duit gra­tuit ». D’une part, c’est une évid­ence que les ini­tia­ti­ves com­mu­ni­sa­tri­ces impo­se­ront la gra­tuité dans le champ de leur inter­ven­tion. Mais d’autre part et sur­tout, cette gra­tuité est plus que « prix = zéro ». Il ne faut pas se représ­enter cela comme gra­tuité de mar­chan­di­ses qu’on peut avoir sans argent. Ce qui est en jeu ici, c’est la non-rému­nération de l’acti­vité des com­mu­ni­sa­teurs. C’est une évid­ence aussi, puis­que les prolét­aires qui se lan­ce­ront dans la com­mu­ni­sa­tion ne le feront qu’après avoir tenté, en vain, d’obte­nir un salaire ou une allo­ca­tion. La gra­tuité, ici, c’est celle de l’être pour soi, dans une acti­vité tota­li­sante qui rompt les sépa­rations, par exem­ple entre « pro­duc­tion » et « consom­ma­tion ».

Production sans pro­duc­ti­vité, consom­ma­tion sans néc­essité sont deux for­mu­la­tions, dans le voca­bu­laire limité dont nous dis­po­sons, de la même acti­vité uni­fiée et libre.

3. Révolution, contre-révolution, répression

La com­mu­ni­sa­tion avance en élarg­issant pro­gres­si­ve­ment le cercle des prises de pos­ses­sions. La pro­priété ne se lais­sera pas faire. Elle a plu­sieurs cordes à son arc. La contre-révo­lution n’est pas uni­que­ment mili­taire.

3.1 Subtilités de la contre-révo­lution

Une partie de l’oppo­si­tion à la com­mu­ni­sa­tion vien­dra des rangs du prolé­tariat lui-même. Dans une situa­tion donnée, l’option auto­ges­tion­naire et l’option com­mu­ni­sa­trice pour­ront s’affron­ter. Par exem­ple, la prise en charge des enfants dans l’acti­vité de crise don­nera sûrement lieu à des ten­ta­ti­ves d’auto­ges­tion des écoles. Face à quoi, un cou­rant com­mu­ni­sa­teur pro­po­sera l’abo­li­tion pure et simple des écoles – il est d’ailleurs pro­ba­ble que les élèves se char­ge­ront direc­te­ment de donner vio­lem­ment leur avis (Grèce). Evidemment, l’abo­li­tion des écoles pose ins­tan­tanément une masse de ques­tions, très urgen­tes : qui va s’occu­per des enfants, qui va leur appren­dre quoi ? Leur faut-il un local dédié ? Vaut-il mieux qu’ils s’ins­trui­sent en jouant dans les allées de la révo­lution ? Comme tout pro­blème de la révo­lution, celui-ci n’exis­tera que loca­le­ment pour les habi­tants du quar­tier (pas de minis­tre de l’édu­cation !). La solu­tion mise en place loca­le­ment, plus ou moins bonne, ne deman­dera pas des proues­ses de pro­duc­ti­vité (pas de cons­truc­tion d’école, pas de for­ma­tion de maîtres, pas de réd­action de pro­gram­mes…), et s’ajus­tera en fonc­tion de l’évo­lution de la situa­tion. Le succès ou l’échec d’une telle ini­tia­tive ne tient pas tant à sa jus­tesse théo­rique qu’à sa capa­cité ou non d’amél­iorer la vie des prolét­aires (parents et enfants) qui l’ini­tient. Malgré la dif­fi­culté que nous avons à nous représ­enter une vie sans tra­vail ni valeur, l’ana­lyse (et cer­tai­nes expéri­ences d’acti­vité de crise) nous permet d’affir­mer qu’à un cer­tain degré de la crise, une solu­tion com­mu­ni­sa­trice sera plus apte à amél­iorer la vie que toutes les for­mu­les auto­ges­tion­nai­res. Ce qui est dit ici de l’école vaut pour toutes les ins­ti­tu­tions actuel­les.

3.2. Refus de toute mili­ta­ri­sa­tion

Si un tel mou­ve­ment local fait tache d’huile, si l’auto­ges­tion est insuf­fi­sante pour l’empêcher, la répr­ession la plus vio­lente inter­vien­dra évid­emment. L’his­toire nous montre que la pro­priété ne recu­lera devant aucun mas­sa­cre. Je pense que ce serait une grave incom­préh­ension des atouts spé­ci­fiques du prolé­tariat que de prôner une mili­ta­ri­sa­tion, même « révo­luti­onn­aire », du mou­ve­ment. Je ne pense pas qu’il y ait d’exem­ple dans l’his­toire où la mili­ta­ri­sa­tion, même la plus souple, la plus démoc­ra­tique, n’ait ouvert en grand la porte à la contre-révo­lution. Impossible d’entrer ici dans le détail. Mais on peut quand même indi­quer que, si la crise atteint une inten­sité telle que la com­mu­ni­sa­tion avance ainsi, la bour­geoi­sie elle-même ne sera pas indemne et, tout choyé qu’il soit, son per­son­nel répr­essif n’éch­ap­pera pas à la crise. Il ne faut sur­tout pas invo­quer une crise morale de la police face à l’idéal révo­luti­onn­aire, mais bien plutôt à des muti­ne­ries inter­ve­nant pour des rai­sons très matéri­elles (Afrique du Sud). D’autre part, le refus de la mili­ta­ri­sa­tion même la plus légère n’impli­que nul­le­ment le rejet de la vio­lence.

Conclusion

L’abo­li­tion de la valeur, la des­truc­tion du capi­tal et l’auto-sup­pres­sion du prolé­tariat ne sont des moments mystérieux ou mys­ti­ques que si on les envi­sage dans un pro­ces­sus insur­rec­tion­nel de type ancien mou­ve­ment ouvrier, affir­mant l’iden­tité tra­vailleuse de la classe ouvrière et se fixant comme but de mettre le prolé­tariat (en réalité ses représ­entants) au pou­voir poli­ti­que. Jusqu’à présent les com­mu­nis­tes ont buté de façon insur­mon­ta­ble sur ces ques­tions et n’ont trouvé que la société de tran­si­tion pour éluder l’obs­ta­cle. La société de tran­si­tion est un leurre, de même que le dépér­is­sement de l’Etat.

Depuis la crise des années 1960-1970, le pro­ces­sus même de la contra­dic­tion entre les clas­ses a com­mencé à nous déb­arr­asser de ce pro­blème. L’évo­lution réc­ente du rap­port des clas­ses permet de com­pren­dre beau­coup mieux que Marx lui-même la nature intime de la société capi­ta­liste, la valeur, le tra­vail, et donc leur abo­li­tion. Elle permet ainsi d’appro­cher de plus près ce que sera le com­mu­nisme et le pro­ces­sus révo­luti­onn­aire de com­mu­ni­sa­tion qui le créera. Plus la crise va s’appro­fon­dir, plus on avan­cera sur cette voie.

B. A.

Août 2009


Notes

(1) La prise de pos­ses­sion se dér­oule comme inte­rac­tion entre indi­vi­dus du prolé­tariat. Il n’y a plus les auto­ma­tis­mes du rap­port de classe. Si le prolé­tariat est contraint de se sou­le­ver, il faut quand même quel­ques indi­vi­dus pour sortir les pre­miers pavés, casser les pre­mières vitri­nes…. Autrement dit, l’acti­vité de crise gagne un degré de liberté par rap­port à la prospérité. Ce n’est pas encore le règne de la liberté, mais c’est ce degré qui donne aux insurgés le sen­ti­ment que tout est pos­si­ble.

(2) Nous avons fait remar­quer que, dans l’appro­fon­dis­se­ment du chômage en Argentine, cer­tains pique­te­ros tenaient à peu près ce dis­cours. Voir Bruno Astarian, Le Mouvement des pique­te­ros, Argentine 1994-2006, Echanges et Mouvement, mai 2007, notam­ment pages 37 et 52.

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